La traversee en barque entre la Thailande et le Laos nous permet de faire connaissance avec le Mekong, ce fleuve impressionnant qui sera notre compagnon de route plusieurs fois jusqu'au Vietnam. L'arrivee au Laos se fait par le village de Huay Xay, qui semble se resumer a une route et quelques habitations et commerces. En fait, l'activite des lieux est centree autour du port qui assure la liaison avec la Thailande et la ville de Luang Prabang. Les faibles infrastructures routieres ainsi que le relief montagneux imposent la voie fluviale comme le moyen le plus simple de ralier notre prochaine destination. Nous passons la nuit chez M. et Mme Arimid, qui tiennent un hotel fait de bungalows individuels. Tous deux sont francophones et ont longtemps sejourne en metropole. Ils sont tres sympathiques et prennent soin de nous. Ce soir la, nous faisons la connaissance de la fameuse Beer Lao, tresor national, qui n'a vraiment rien a envier aux bieres occidentales.
Le lendemain, nous partons donc pour Luang Prabang, situe a 2 jours de bateau de notre premiere escale laotienne. Le bateau, enfin disons plutot la barque, est assez exigue et il y a peu de place pour les jambes. Mais les paysages sont tellement beaux que l'on finit par s'accommoder de l'espace qui nous est alloue. En fait, les paysages sont beaux les deux premieres heures mais au bout d'un moment, ils deviennent quand meme un peu monotones. Le Mekong qui louvoie entre des collines verdoyantes, faites d'une jungle impenetrable, ne laisse place a aucun autre paysage. En revanche, le bateau s'arrete a chaque village et nous en profitons pour echanger des sourires et des signes de la main avec les laotiens venus accueillir ou accompagner les leurs sur les berges. Parfois, il nous arrive de croiser un de ces Speed Boat, veritables bateaux de course et qui assurent la liaison entre Huay Xay et Luang Prabang en deux fois moins de temps que notre omnibus. Le soir de cette premiere journee de voyage, nous posons pied a Parbeng, dans laquelle s'est cree une veritable economie liee a son statut de halte obligatoire. De fait, il y a des guest-houses a chaque pas que nous faisons et les villageois sont assez agressifs a notre encontre. Chacun essaie d'etre plus convaincant que son voisin afin de nous attirer dans son hotel. Autant dire qu'une telle attitude a plutot pour effet de nous faire fuir... Apres avoir enfin pose nos sacs, nous allons diner. Le restaurant est tres charmant et la terasse nous permet de profiter du Mekong. Plus que jamais la fin de repas va nous conforter dans l'idee que les villageois sont pervertis par l'afflux de touristes et leurs devises: notre note de restaurant va ainsi passer de 66000 a 77000 kip. Heureusement que nous avions une idee a l'avance de ce que nous devions payer, nous avons ainsi tout recompte avec la dame du restaurant, meme pas genee par son tour de passe-passe manque. Attention donc aux voyageurs qui, comme nous, devront faire halte dans ce village.
Au petit matin, c'est avec joie que nous decouvrons que le bateau pour rejoindre Luang Prabang n'est pas le meme que celui de la veille. Il est plus confortable, bien que beaucoup de passagers furent plus matinaux que nous afin d'avoir les meilleures places. Cette deuxieme journee de voyage presente des paysages assez similaires a ceux de la veille, mais la beaute de la Nature continue de nous emerveiller. A chaque village, nous contemplons les femmes en sarong avec leur bebe sur le dos. Les petits garcons et les petites filles jouent sur les berges, parfois habilles de simples guenilles. Plus loin, c'est un troupeau de buffles qui se baigne dans le fleuve. Apres bientot huit heures de navigation, alors que le jour est deja en train de decliner, voila enfin les lumieres de Luang Prabang.
Nous ne sommes pas mecontents d'etre enfin arrives. Bon, nous passons plus de temps que prevu a trouver la guest-house que M. Arimid nous a conseille mais nous sommes finalement recompenses: c'est une maison de famille tres bien tenue et a un prix vraiment raisonnable. Nous nous regalerons ensuite en bord de Mekong de plats typiques laotiens, a base de sanglier et de cerf.
En ce premier jour de novembre, nous partons visiter le temple Xieng Thong ("temple de la cite royale") considere comme le plus riche de la ville. Il contient un ensemble d'edifices sacres. Son architecture est typique, notamment le Sim et ses toits superposes. Le mur exterieur arriere du Sim est orne d'un somptueux arbre en mosaique. A l'interieur, les colonnes sont habillees des roues du Dharma. Les ornements et les mosaiques recouvrant les murs et les colonnes du temple sont ainsi d'une grande richesse. Sur les portes exterieures de la chapelle royale funeraire on devine des scenes erotiques du Ramayana.
Luang Prabang est un haut lieu du Bouddhisme en Asie. Classee Patrimoine Mondial de l'Humanite par l'UNESCO en 1995, un tiers de la superficie totale de la ville est occupee par des temples. En milieu d'apres-midi, nous nous dirigeons vers le mont Phu Si, colline au centre de la ville et qui abrite un temple et une ecole bouddhique ou etudient les jeunes moines des temples environnants. La vue est tres agreable et le temps semble s'arreter lorsque nous observons un jeune moine prier face a l'horizon. De retour dans la ville, nous allons manger dans le marche de nuit qui se tient tous les jours de la semaine dans le centre ville. Pour 5000 kip, nous nous regalerons d'un buffet de victuailles typiques, tenu par une jeune dame tres gentille.
Le lendemain, nous visitons le musee du Palais Royal. Y sont exposes de nombreux cadeaux offerts par les dirigeants du monde entier de l'epoque, comme des sculptures bouddhistes d'Inde, du Cambodge et du Laos, ainsi que le fameux Bouddha debout qui donna son nom a la ville de Luang Prabang, et comble du cynisme, des presents de la part de Presidents americains. L'apres-midi, nous nous laissons aller pour une heure de massage energique et efficace, suivi d'une seance de sauna. Y'a pas a dire, c'est vraiment reposant !!!
Luang Prabang est une ville tres agreable, au charme colonial, mise en valeur par de belles allees pavees et eclairees le soir. Malheureusement, nous ne sommes pas les seuls a partager ce point de vue et il y a reellement beaucoup, beaucoup de touristes. De nombreux francophones, ici plus qu'ailleurs. La ville compte enormement de ghest-houses et dans certains bars situes en bord de Mekong et frequentes par des locaux, on nous a fait comprendre en nous servant sans sourire que nous n'etions pas les bienvenus. Sans doute les habitants ont-il besoin de se reapproprier leur ville, mais l'activite touristique reste un veritable moteur de l'economie de la cite.
Le 03 novembre, nous montons dans le bus, direction la capitale ! Pour la petite histoire, cette route a ete par le passe le theatre d'attaques de bus par des coupeurs de route. Nous avions a bord de notre autocar un homme charge de notre securite et qui dissimulait (sans doute pour ne pas nous effrayer) une Kalashnikov sous sa veste. C'est toujours impressionant pour les occidentaux que nous sommes de cotoyer des personnes en civil equipes de fusils d'assault... Sur le route, nous traversons de nombreux villages, dont le mode de vie nous ramene plusieurs decenies en arriere. Et toujours des enfants, beaucoup d'enfants, denudes, qui jouent sur le bord de la route, du betail et de la volaille en liberte, traversant la route sans prendre garde au trafic. Ceci nous a d'ailleurs valu plusieurs coups de volants, au grand bonheur de ceux qui ont le mal des transports...
Apres 9h de route serpentee, au coeur d'une vegetation abondante et de paysages somptueux, nous arrivons enfin a Vientiane, qui compte environ 700 000 habitants. Avant de sortir de la gare routiere, nous achetons deja notre billet de bus pour Pakse, dans le sud du pays. Arrives en ville, et apres avoir pose nos sacs dans un hotel franchement miteux, nous dinons sur les berges du Mekong (encore lui!). Plusieurs restaurants s'improvisent tous les soirs a l'aide d'une etale, d'un barbecue et de quelques tables recouvertes de nappes et des bougies. Notre barbecue "clandestin" nous sert une nourriture delicieuse, or il nous est difficile de manger sans nous faire interrompre par des mendiants, jeunes ou vieux, qui vont jusqu'a mettre les mains dans nos assiettes. Cet episode nous rappelle durement que le Laos est un pays qui a enormement de laisses pour compte. Nous contemplons l'autre cote du fleuve, a quelques centaines de metres seulement se trouvent les berges de la Thailande. Puis petite ballade en ville avant d'aller faire dodo. Vientiane est loin de connaitre l'animation debordante d'une veritable capitale.
Premiere chose que nous faisons au petit matin... changer d'hotel ! Une chambre s'est liberee dans celui que nous avions repere la veille et nous nous sentons deja mieux. Puis nous partons visiter la ville et ses edifices les plus populaires. Le temple le plus vieux de Vientiane est le Wat Si Saket, construit en 1818. L'une de ses particularites est d'avoir un cloitre creuse de milliers de niches, dans chacune desquelles se tient un Bouddha miniature. Il y a egalement une collection de Bouddhas plus grands, parfois extrement bien conserves. En fin de journee, nous nous dirigerons vers l'Arc de Triomphe, le Patuxai. Construit en 1958, ce monument a la memoire des victimes de la guerre au Laos n'est pas sans rappeler son homologue parisien...
En nous levant ce 05 novembre, nous etions motives pour aller visiter le Musee de la Revolution. Apres une marche de 6 km dans la ville, nous avons finalement du faire demi-tour, pour cause de renovation du musee. Qu'a cela ne tienne, plan B, nous nous dirigeons (toujours a pied, re-6 km, on etait VRAIMENT motives...) vers le Pha Tha Luang, ou Grand Stupa, monument national representant la foi bouddhiste et la souverainete du Laos. Restaure en 1931, c'est le monument le plus important du pays. Pourtant, nous avons trouve que l'architecture peu raffinee, et l'importante couche de peinture doree le recouvrant ne lui rendait pas vraiment hommage. En tout cas, nous avons eu le plaisir, par le plus grand des hasards, d'etre venu le jour de la commemoration de l'Amitie des Peuples avec la Thailande. A cette occasion de nombreux officiels ainsi que des moines de haut rang etaient presents pour la remise de 3 000 robes de moine en temoignage de la fraternite entre ces pays.
En fin de journee, nous rentrons a l'hotel et preparons nos affaires, eh oui, il est deja temps de quitter la ville. Notre prochaine etape est l'ile de Don Khon, a l'extreme sud du pays, et c'est encore en bus que nous allons voyager. Sauf que la, il s'agit d'un bus VIP voyageant de nuit, ce qui nous permet de gagner du temps tout en esperant pouvoir dormir de maniere relativement confortable...
Apres une nuit finalement assez agitee, au cours de laquelle nous fumes berces par le relief de la chaussee, le chauffeur de bus ne considerant pas comme utile de ralentir au passage de nids de poules et autres virages, nous eurent droit a un reveil tout en douceur a 5h45 du matin, avec lumieres dans le bus et karakoe mieleux dans les oreilles. Autant l'avouer, c'est rude !!! La suite de la journee n'allait pas etre triste non plus... En effet, pour rejoindre Ban Nakasang et puis l'ile de Don Khon, nous devons prendre le bus. Finalement, compte-tenu des horaires de depart de celui-ci, nous nous resignons a prendre une espece de fourbon bache qui fait la navette entre Pakse, ville ou nous nous trouvons et Ban Nakasang, non sans avoir aprement negocie le prix du voyage. Cet omnibus, sans doute prevu pour une petite vingtaine de personnes en transportera jusqu'a trente, bagages y compris tout au long des 150km qui nous separaient de notre destination. 6h de route a travers la campagne laotienne, au travers de villages typiques, de champs cultives. 6h de route parfois debout, accroche a l'arriere de la structure du camion, et le pneu arriere droit qui se met a fumer en frottant contre le carenage tellement nous etions charges... A chaque halte, des gamins et des femmes prennent d'assault notre vehicule et nous proposent toute sorte de nourriture et notamment de magnifiques brochettes de sauterelles grillees... La tu te dis que c'est vraiment l'aventure... :o) Extenues, c'est avec bonheur que nous arrivons a Ban Nakasang, sautons dans une barque et decouvrons le village dans lequel nous allons passer les 3 prochains jours.
L'ile de Don Khon fait partie des Si Phon Don, ou "Les 4000 Iles". Nous sommes a l'extreme sud du laos, a moins de 30 km de la frontiere avec le Cambodge. A cet endroit, durant la saison des pluies, le Mekong s'etale sur 14km en largeur, ce qui represente la distance la plus importante de berge a berge sur les 4350 km qu'il parcourt depuis sa source himalayenne. Et a la saison seche, alors que le niveau de l'eau baisse, ce sont des centaines et des centaines d'ilots qui apparaissent, donnant ainsi ce nom a ce delta du Mekong. Nous passerons tout l'apres-midi a dormir, et le soir venu, le spectacle d'un ciel d'orage sur le Mekong et l'ile de Don Det nous emerveillera.
Au cours de ces trois jours passes dans cet endroit assez isole, nous avons visite les chutes d'eau de Somphamit. Celles-ci sont vraiment impressionnantes, car nous ne nous attendions pas a un tel spectacle au milieu du Mekong ! En franchissant l'ancien pont de chemin de fer francais, nous accedons a l'ile de Don Det, situee face a notre village. Nous explorerons les deux iles a velo, ce qui nous permet de voir beaucoup de choses en peu de temps: un grand temple bouddhiste et son ecole, les femmes qui recoltent le riz dans les rizieres, les differents hameaux, l'endroit ou sont amares les bateaux de pecheurs et qui servent a ralier la frontiere cambodgienne...
L'endroit ou nous avons pose nos sacs est extremement relaxant, tres simple aussi. Notre chambre est une case sur pilotis, posee au bord du Mekong. L'eau est tiree du fleuve pour la toilette, et il n'y a de l'electricite qu'en debut de soiree. Et pourtant on se sent bien ici, cette etape nous permet de souffler apres ces 10 jours passes au Laos et de nous mettre en forme avant d'entrer au Cambodge. Nous profitons aussi beaucoup de la cuisine locale et notamment du poisson coco du restaurant "le Bambou", flottant sur le fleuve.
Le 09 novembre marque la fin de notre periple laotien. Nous embarquons sur une de ces fameuses barques de pecheurs afin de rejoindre la zone de sortie du pays. Le poste frontiere a un statut assez particulier, pas vraiment officiel, mais delivrant tout de meme des tampons de sortie et d'entree de territoire. Cette ambiguite a un prix, le dollar de bakschisch au douanier qui maintenant a notre passeport en otage. Donc pas vraiment le choix. Nous essayons de palabrer et mettre en defaut son argument de "paiement pour cause de frontiere non-internationale" (on croirait un sketch de Bigard...) mais rien n'y fait, on se resoud a payer. Chose importante d'ailleurs a l'attention de tous les backpackers voyageant dans les pays en voie de developpement: veillez a conserver sur vous une cinquantaine de dollars US, en petites coupures. Ce sera toujours le sesame pour un passage de frontiere, un franchissement de cours d'eau en bateau, un trajet en voiture qui depanne, etc... Arrives au Cambodge, nous nous acquitterons d'ailleurs a nouveau de ce fameux dollar.
© Julie&Fred